Projection du documentaire “Sarajevo Safari”

Le jour où, dans une partie de la Bosnie-Herzégovine, est célébrée une date marquant le début du génocide contre les Bosniaques, un documentaire révélant l’une des vérités les plus sombres et longtemps dissimulées du siège de Sarajevo a été projeté au Luxembourg.

La projection en première du film « Sarajevo Safari », organisée devant une salle comble, a ouvert de fortes interrogations sur la responsabilité, la mémoire et les crimes commis sur le sol européen à la fin du XXe siècle. Elle évoque les personnes qui vivaient sous des viseurs réels, et non métaphoriques.

La première projection du documentaire « Sarajevo Safari » a eu lieu le vendredi 9 janvier au cinéma Kinepolis Kirchberg à Luxembourg, à l’initiative du Comité pour Srebrenica Luxembourg. La projection a été organisée le 9 janvier — une date qui marque le début du génocide contre les Bosniaques, mais qui est en même temps célébrée comme jour férié dans l’une des entités de Bosnie-Herzégovine. L’événement a réuni des membres de la communauté bosniaque ainsi que des invités étrangers, parmi lesquels des professeurs et des étudiants, mais aussi des représentants des milieux diplomatiques et politiques.

Au nom du Comité pour Srebrenica Luxembourg, le président du Comité, Adnan Halilović, a souhaité la bienvenue aux participants au début de la projection. Dans son intervention, il a souligné que « Sarajevo Safari » n’est pas une histoire d’un passé lointain, mais un témoignage sur l’Europe d’il y a une trentaine d’années — sur une ville qui a été assiégée plus longtemps que toute autre capitale dans l’histoire moderne, et sur des personnes qui vivaient sous des viseurs réels, et non métaphoriques.

Dans son discours, il a été rappelé que les leçons du siège de Sarajevo ne doivent pas être considérées comme un chapitre clos. Le film agit aujourd’hui comme un avertissement puissant contre le danger de la normalisation de la violence, de l’érosion des droits humains et de l’ignorance du droit international. Le public a été invité à regarder le film non seulement avec raison, mais aussi avec empathie, avec le message que la solidarité n’est pas une question de choix, mais une obligation morale.

Le documentaire « Sarajevo Safari », à travers des témoignages et de rares archives, révèle l’histoire de riches visiteurs étrangers qui, pendant le siège de Sarajevo (1992–1996), étaient amenés en secret sur les premières lignes et payaient pour avoir l’occasion de tirer sur des civils dans la ville assiégée. Le film décrit cette pratique comme une forme de « safari humain », dans lequel la souffrance humaine était transformée en divertissement mortel.

Le film revêt une importance particulière en raison du fait que ce sujet revient aujourd’hui dans le champ d’attention des institutions judiciaires, à la suite d’informations récentes concernant la réouverture d’enquêtes dans certains pays européens.

Dans son intervention de clôture, la secrétaire du Comité, Sana Hadžić Babačić, a souligné que de nombreux responsables du siège restent encore aujourd’hui hors de portée de la justice, et que certains occupent même des positions de pouvoir politique dans la région. Le message du Comité a été un appel clair à ne pas taire la vérité, à ne pas relativiser les crimes et à reconnaître que la culture de la mémoire est essentielle pour construire un avenir plus juste, fondé sur les faits et le respect de la dignité humaine. C’est précisément pour cette raison que le Comité pour Srebrenica Luxembourg existe et agit — à travers des conférences, des tables rondes, des discussions publiques, un travail avec les jeunes et des activités éducatives — afin de préserver la culture de la mémoire et de rappeler que ce passé est commun, européen, et non uniquement bosnien.