“Never Again”: le Luxembourg commémore les victimes du génocide de Srebrenica

Hier, dans le parc Tony Neuman, dans le quartier de Limpertsberg, en présence de hauts responsables, d’ambassadeurs, de représentants de la Ville de Luxembourg, de familles de victimes et de nombreux citoyens, s’est tenue la cérémonie d’inauguration du premier monument au Luxembourg dédié aux victimes du génocide de Srebrenica.

Cette cérémonie, organisée en mémoire des 8 372 Bosniaques assassinés en juillet 1995, constitue un rappel permanent pour l’Europe et le monde de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire européenne récente.

Le monument est le résultat des efforts de longue date du Comité pour Srebrenica – Luxembourg, qui mène depuis 17 ans une lutte constante pour la justice, la vérité et la mémorialisation du génocide. Cet acte représente l’aboutissement de leur engagement durable et de leur action institutionnelle.

L’événement a réuni de hauts responsables de l’État luxembourgeois, notamment la bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Lydie Polfer, ainsi que des représentants d’ambassades, d’institutions et des membres d’organisations locales et internationales de défense des droits humains.

Dans une allocution émouvante, la bourgmestre Polfer a déclaré :

« Ce monument n’appartient pas seulement à la Bosnie-Herzégovine. Il fait désormais partie de la conscience européenne. Notre devoir est d’apprendre du passé, de ne pas oublier et de ne jamais permettre que le génocide se reproduise. »

En signe de gratitude, une édition spéciale de la fleur argentée de Srebrenica lui a été remise. Cette édition limitée compte 8 372 exemplaires, chaque fleur représentant symboliquement une victime du génocide.

Le monument comme partie intégrante de la lutte institutionnelle pour la vérité

Le président du Comité pour Srebrenica – Luxembourg, Adnan Halilović, a exprimé ses remerciements particuliers à la Ville et à l’État du Luxembourg pour ce qu’il a qualifié d’acte courageux et civilisationnel, ainsi que pour leur soutien de longue date à la communauté bosnienne au Luxembourg. Il a également souligné l’importance de poursuivre l’institutionnalisation de la vérité :

« Cette lutte doit rester politique, institutionnelle et porteuse de construction étatique. Les monuments ne sont pas une fin, mais le début d’un travail plus sérieux de confrontation avec le passé. »

Au nom de l’Ambassade de Bosnie-Herzégovine pour la Belgique et le Luxembourg, Ferid Hodžić a exprimé sa gratitude au nom de l’institution, soulignant l’importance de cet acte pour la mémoire historique et pour la reconnaissance internationale du génocide de Srebrenica. Il a ajouté que ce monument possède également une valeur universelle pour la culture européenne de la mémoire.

Un témoignage qui défie l’oubli

Un survivant du génocide de Srebrenica, Jasmin Sinanović, a rappelé aux personnes présentes sa tragédie personnelle et l’obligation collective de mémoire. En juillet 1995, il a perdu des membres de sa famille et, comme il l’a déclaré, il est aujourd’hui présent pour témoigner :

« Nous avons survécu pour témoigner. Ce monument est aussi notre réponse à l’oubli. »

De manière symbolique, le monument a été présenté au public pour la première fois lors de cette cérémonie, ce qui a conféré à l’inauguration une dimension particulière et une forte charge émotionnelle. L’apparence du monument n’avait jusque-là pas été révélée au public, rendant le moment de son dévoilement particulièrement significatif.

Le monument a été dévoilé publiquement pour la première fois lors de ce rassemblement, donnant à ce moment une importance particulière. Il a été conçu dans un esprit de respect et de mémoire, avec des symboles forts reliant un pays européen à la douleur, mais aussi à la résilience du peuple bosniaque.

Un message d’unité et de solidarité universelle

De nombreux citoyens ont assisté à l’événement, aussi bien issus de la diaspora bosnienne que des Luxembourgeois et des personnes d’autres nationalités, démontrant que la mémoire de Srebrenica n’est pas la question d’une seule nation, mais une lutte commune pour la vérité, la justice et l’humanité.

La cérémonie s’est achevée par un geste symbolique de dépôt de fleurs et une minute de silence en mémoire de toutes les victimes innocentes. Des fleurs ont été déposées par des représentants du Comité pour Srebrenica, de la Ville de Luxembourg, de l’Ambassade de Bosnie-Herzégovine ainsi que de l’Institut de recherche sur les crimes contre l’humanité de l’Université de Sarajevo.

La cérémonie a été animée par Amela Skenderović, qui a largement contribué à l’obtention de l’autorisation pour l’érection du monument. Son travail et son engagement ont été reconnus comme essentiels à la réalisation de ce projet important.

« Voir, savoir, se souvenir, agir »

L’installation de ce monument au cœur de l’Europe porte un message multiple : Srebrenica n’est pas seulement un lieu géographique. Srebrenica est un avertissement, une blessure, mais aussi un appel à l’humanité. Alors que l’oubli conduit à la répétition des crimes, la mémoire mène à la construction d’un monde meilleur et plus juste.

À une époque où la vérité est souvent contestée, le message venant du Luxembourg est clair : « Voir. Savoir. Se souvenir. Agir. »